DE LA PETITE CITE A LA GRANDE VILLE

Le 4 avril 1850, lorsque la Californie prit le rang d'état, elle incorpora Los Angeles pour en faire le siége du comté du même nom. L.A. n'était alors qu'une petite citée dont les rues en terre battue étaient bordées de bâtisses en adobe abritant saloons, lupanars et maisons de jeux. Vers 1854, l'épuisement des gisements de la Californie du Nord entraîna le déferlement des mineurs privés d'emploi sur la région de L.A, tandis que les banques et autres entreprises d'exploitation minière fermaient leurs portes. En 1876, après bien des tractations plus ou moins licites, un branchement ferroviaire arriva jusqu'à Los Angeles via la vallée de San Joaquin. En 1885, l'Atchison, Topeka & Santa fe Railroad relia directement L.A. à la côte Est, à travers le désert de l'Arizona. Sous l'effet de la concurrence, les tarifs s'effondrèrent : le trajet de la côte Est à la cote Ouest ne coûtaient alors qu'un dollar. A la même époque, la culture des oranges connaissait un grand essor en Californie du Sud. Il faut dire que vers 1874, le département fédéral de l'Agriculture avait fait parvenir, par bateau, à Eliza et Luther Tibbetts, deux botanistes de Riverside (ville située à l'est de L.A.), trois plants d'orangers brésiliens, dépourvus de pépins, qui furent à l'origine de cette nouvelle ressource. Les oranges californiennes envahirent bientôt les étals new-yorkais. Leur promotion s'appuyait sur une intense campagne publicitaire émanant de la chambre de commerce. Tandis que la Californie faisait ainsi parler d'elle, les habitants de l'Est étaient sensibles à l'incitation d'un directeur de presse, Horace Greeley, qui leur conseillait " Go West, Young man " " Partez vers l'Ouest, jeunes gens. " En conséquence, la population de L.A. passa de 2 300 âmes en 1860 à plus de 50 000 en 1890 pour atteindre 100 000 habitants en 1900. Il n'y avait ni port naturel, ni eau potable en quantité suffisante pour alimenter ne fût-ce qu'une petite ville. En 1899 la construction d'un port artificiel fut entreprise à San Pedro, à 37 km au sud. Le premier quai fut inauguré en 1914. San Pedro devint bientôt le port le plus important de la côte ouest par l'intensité du trafic. Le problème de l'alimentation en eau potable restait plus difficile à résoudre. La Los Angeles River (anciennement connue sous le nom de Rio Porciuncula), au cours fluctuant, aurait pu suffire pour le pueblo d'origine, mais elle ne pouvait répondre aux besoins de la ville en plein essor, même avec le complément apporté par des puits artésiens. En 1904, le surintendant du service des eaux, William Mulholland, s'étant rendu dans l'Owens Valley, à près de 400 km au nord-est de L.A., en revint avec un plan ambitieux : la construction d'un aqueduc drainant l'eau résultant de la fonte des neiges de la Sierra Nevada. La réalisation fut évaluée à la coquette somme de 24,5 millions de dollars. Les fonds nécessaires furent débloqués et l'eau de l'Owens River fut détournée pour alimenter la San Fernando Valley. De 98 millions de litres/jour à l'origine, son débit est passé à 1 987 millions de litres/jour actuellement. Le système est toujours controversé, en particulier par les propriétaires terriens de l'Owens Valley et par les défenseurs de l'environnement, mais il assure plus de 75% de l'alimentation en eau de la Californie du Sud. Le reste, ainsi que l'énergie hydro-électrique de la Californie du Sud, sont fournis par les barrages établis sur la Colorado River, à 300 km à l'est.

RETOUR HISTOIRE